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Ivoirenews.net - 4 millions de jeunes en quête de travail : “LES SANS-EMPLOI, UNE DEUXIÈME RÉBELLION”

4 millions de jeunes en quête de travail : “LES SANS-EMPLOI, UNE DEUXIÈME RÉBELLION”

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Frat Matin - 01 Sep 2008 -
 
Le ministre de l’Enseignement  technique, Dosso Moussa, donne les enjeux du 1er Salon ivoirien des métiers d’Abidjan (Sima).

Quelle est la particularité du Salon que vous organisez à partir du 11 septembre prochain à Abidjan?

Le Sima, c’est la vente des métiers du ministère de l’Enseignement technique; à savoir les filières, le contenu de ses formations et surtout les perspectives d’emplois, en terme de qualité et de diversité. L’enseignement technique est une spécificité et les filières, bien qu’extrêmement pointues, sont généralement méconnues du grand public, particulièrement des jeunes, au sein desquels se trouvent les élèves et étudiants. L’opinion publique a tendance à croire que c’est lorsqu’on a échoué qu’on se dirige vers la mécanique, l’électronique, le génie civil, l’agro, etc. Ce n’est pas vrai.

Notre action en organisant ce salon des métiers, est de donner une impulsion à la formation professionnelle en mettant l’accent sur la formation qualifiante dans la réalisation de la politique de lutte contre le chômage des jeunes.

Des experts seront-ils présents?

Toutes les expertises seront présentes. Elles vont expliquer aux élèves et étudiants, partenaires du secteur privé et parents d’élèves, ainsi qu’à la population, l’importance du rôle joué par ces filières dans l’économie nationale. Des ateliers vivants, expositions, des stands pour la vente, des tables rondes et des discussions auront lieu. C’est une grande première en Côte d’Ivoire et dans la sous-région. 

Comme thème, vous avez choisi de mettre l’accent sur «le renforcement du partenariat école-entreprise pour une insertion professionnelle durable». Quelle est la nécessité d’adjoindre la formation à l’entreprise?

La période que nous traversons est extrêmement complexe. Le taux du chômage a pris des proportions alarmantes. Pour bien appréhender ce qui nous attend, nous avons commis une étude en collaboration avec l’Onudi, qui est un organisme du système des Nations unies. Celle-ci nous a permis de nous rendre compte qu’à la date d’aujourd’hui, il y a quatre millions de demandeurs d’emplois, en majorité des jeunes. Ce chiffre est trop élevé. C’est pour cette raison que j’estime que les autorités politiques devraient décréter l’insertion des jeunes comme une priorité nationale dans cette période aussi critique. Nous nous sommes associés au privé, afin qu’il nous apporte sa technicité et sa contribution substantielle pour aider les jeunes à s’orienter ou se réorienter, ou encore aux adultes qui ont perdu leur emploi d’en trouver un autre. Le salon intéresse donc toutes les couches de la population, particulièrement, les élèves, les ex-combattants et les ex-miliciens, les parents d’élèves, les collectivités locales, les décideurs, les bailleurs de fonds et les organisations non gouvernementales. 

Les jeunes qui viendront à cette rencontre auront-ils la garantie de l’emploi?

Le salon ne va pas résoudre les problèmes d’emploi, mais il va donner des pistes. C’est cela qui est important. C’est dans les échanges que la réflexion va se bâtir. 

Ils auront par exemple l’occasion de disposer des informations sur le monde de l’entreprise et préparer leur intégration, rechercher des stages en entreprises. L’envie d’entreprendre peut-être ainsi suscitée en se frottant en observant les travailleurs dans les ateliers vivants. Ces expertises-là seront présentes.

Quand aux entreprises, elles ont, entre autres, l’opportunité de faire la promotion de leurs produits auprès des milliers de visiteurs.

Avant d’être à l’enseignement technique, j’étais au ministère de l’Artisanat. J’y ai passé trois ans et demi. Cela m’a permis de faire l’inventaire des corps de métier.

Combien de corps de métiers existe-t-il?

Il y en a plus de 200, parmi lesquels, la plomberie, le carrelage, le staff, la coiffure, l’esthétique, l’optique, et bien d’autres non négligeables.

Vous avez signé récemment une convention avec une structure américaine, l’IRC, pour la formation de ces quatre millions de jeunes. Comment se fera -t-elle?

La structure américaine va mettre des moyens à notre disposition, pour former le trop plein de jeunes qui courent encore sur le marché. Il s’agit d’une mesure de longue haleine qui ne peut être possible en deux ans. Prenez l’exemple du Vietnam qui a terminé sa guerre, il y a vingt ans. Jusqu’aujourd’hui, ce pays continue sa politique d’insertion et de réinsertion des ex-combattants et surtout de la jeunesse, par la mise en œuvre de modules de formation. L’alerte que nous souhaitons donner, c’est de réveiller les hommes politiques en leur disant attention, n’atteignons pas le seuil intolérable. L’étude a révélé que cette population de jeunes, concernée par le besoin de formation représente près de 75% des moins de 20 ans. C’est inquiétant, parce que les jeunes sans emploi, c’est une deuxième rébellion. Quelqu’un qui n’est pas occupé est facilement malléable. Il n’y a rien de plus frustrant que de continuer à partager le salon de ses parents alors que vous avez entre les mains une formation. Tout le monde parle d’élection, mais on oublie un problème qui touche quatre millions de jeunes. Il nous faut trouver des solutions.

La réflexion a-t-elle démarré?

Elle a commencé il y a sept mois. Elle va aboutir fin septembre à un programme qui porte sur dix ans. Nous allons examiner les solutions en conseil de gouvernement. Après son accord, la mise en œuvre va se faire. Ce sera un long travail. Dix ans peut-être ou plus. Je ne serai certainement plus là mais, il est bon que la réflexion se poursuive. Je viens de vous donner l’exemple de l’Afrique du Sud, du Vietnam. Il y a bien des années qu’ils sont sortis de guerre. Une fois de plus, je le souligne, il faut que le gouvernement s’approprie la réflexion et en fasse une priorité nationale. J’en parle avec passion parce qu’il s’agit d’un problème crucial. J’ai eu le temps de m’en imprégner au bout de quinze mois à la tête de ce ministère.

Dans votre programme,  figure également la formation des ex-combattants…

En effet. Nous avons les compétences, les structures d’accueil, les filières, d’abord pour insérer les ex-combattants ainsi que les ex-miliciens, en somme toute la jeunesse ivoirienne, en leur donnant un métier. C’est cela qui est important. Emmener définitivement les jeunes à sortir de leur situation. Pour l’heure, deux programmes gèrent une partie de ces jeunes. Il s’agit du Programme national de réinsertion et de réhabilitation communautaire, et le service civique. Notre action consistera à prendre en compte le reste, qui constitue la grande majorité. Nous sommes plus pragmatiques parce que nous formons.

Avec la plateforme des services, composée de quatre structures, tels l’Agefop, le Fdfp, l’Agepe et le Fns, un programme est mis en place pour insérer plus de 5000 jeunes. Vous parlez également de la même question. Ne seriez-vous pas en train de vous marcher sur les pieds?

Non pas du tout. Qui est à la plateforme? C’est moi, puisque c’est l’Agefop. Pareil pour le Fdfp, une autre structure sous ma responsabilité. Il y a une expertise à l’enseignement technique, et c’est ce qui explique toute cette débauche d’énergie. Je m’attendais plutôt à ce que vous me parliez des autres initiatives malheureuses que nous voyons sur le marché. L’insertion est devenue un business. Tout le monde s’y lance, en proposant des projets parce qu’il y a des lignes de crédits. Nous, nous voulons nous distinguer dans cette cacophonie. Le problème de l’emploi obéit à des règles. C’est pourquoi nous nous faisons accompagner par le secteur privé qui a les compétences pour employer les jeunes.

Pensez-vous qu’il n’y a toujours pas eu d’adéquation entre formation et marché de l’emploi?

Malheureusement. Le constat vient du fait que pendant très longtemps, le ministère était d’un côté, le secteur privé de l’autre. Aujourd’hui, il faut les rapprocher, pour que les problèmes puissent être évacués. Qui mieux que le secteur privé peut définir ses besoins, en mécaniciens, électriciens, électroniciens, en pétrochimie? Nous structures de formation, c’est à nous de nous mettre au diapason, pour répondre à ce besoin du marché.

A côté de cela, on peut toutefois développer des modules de formation pour les jeunes qui ne pourront pas être insérés ni dans la fonction publique, ni dans le secteur privé. Il est important de mettre entre leurs mains, un outil qu’est la formation. C’est pourquoi, avec le ministère du Tourisme et de l’artisanat, nous allons signer une convention, pour travailler ensemble.

En mars dernier, vous avez initié une réforme qui comprend, entre autres, l’informatisation de toutes les structures, la création d’un centre de documentation NTIC. Où en êtes-vous  avec ce vaste chantier?

Nous avons effectué une mission au Canada. Une convention a été signée avec Trois Rivières. L’étude de faisabilité a trouvé son financement. La mission canadienne doit revenir au mois de septembre, pour effectuer le travail sur les curricula, à savoir les filières. Les choses avancent de ce côté.

Un autre élément concerne la maintenance. Ce projet a trouvé financement auprès de la Norvège. Ce qui nous permettra de résoudre une des contradictions de notre propre système. Car comment un ministère qui dispose d’outils didactiques importants ne dispose-t-il pas d’une structure de maintenance efficiente ? C’est à cette situation que nous sommes confrontés. Quand le matériel est en panne, on le range dans le couloir et on passe à autre chose. Mieux, on cherche les moyens pour acheter un autre. Nous disons non. Notre partenaire va financer une structure de maintenance à hauteur de 800 mille euros, soit 500 millions de FCFA. Ces opportunités nous aideront à consolider tout ce que nous sommes en train d’entreprendre. Nous ne faisons pas de discours. Avec nous, c’est le concret.

Vous semblez avoir de grandes ambitions pour votre ministère. Avez-vous les moyens de votre politique?

Je n’ai pas beaucoup de moyens. Je vous raconte une anecdote. A l’époque, j’étais directeur adjoint dans une structure qu’on appelait la Sotripa. Elle n’existe plus. On y fabriquait du coton, des bandes, des compresses, des couches pour enfants et des serviettes hygiéniques pour dames. Un jour, mon directeur général et moi, nous sommes rendus dans un hôpital. Il y avait des potences, il s’agit des piliers en fers chromés sur lesquels on pose le ballon de la perfusion. Personne  n’avait jamais réfléchi à une potence en bois. Les gens se lamentaient tous de ne pas avoir de moyens pour acheter ces potences en fer chromé. Mon directeur général et moi leur avons suggéré de les faire en bois, au lieu d’attendre toujours celles qui viennent d’Europe. Je vous assure que ça a marché. Je vous ai cité cet exemple pour vous montrer qu’on peut toujours gérer avec les moyens dont on dispose. N’attendons pas toujours qu’on nous arrose de billets. L’Etat a des difficultés, les budgets sont réduits. Il appartient aux techniciens que nous sommes de faire preuve d’imagination. Avec très peu de moyens, on peut arriver à faire des choses importantes. Pour l’organisation de ce salon, l’Etat a donné à peu près 15% du budget. Nous avons fourni le reste. C’est vous dire qu’on peut faire beaucoup de choses avec des moyens modestes. Tout est une question de volonté.

Dans quelques semaines, ce sera la rentrée des classes. Des dispositions particulières ont-elles été prises par votre département?    

Nous sommes encore au stade des préparatifs. En terme d’innovation, nous allons introduire ou réintroduire le module de l’entrepreneuriat. Cela répond à un besoin de la crise. Je vous ai dit tantôt que le secteur privé ne pouvait pas absorber toutes les demandes d’emploi. Pareil pour la fonction publique qui ne peut, à elle seule, résorber toutes les demandes. L’entrepreneuriat va favoriser l’initiative personnelle. Cela veut dire, concrètement, que les bénéficiaires des cours, dans le cadre de notre programme, ont le choix. Soit, ils trouvent un emploi dans le secteur privé, soit dans la fonction publique, ou encore s’installent à leur compte. Il nous faut les accompagner.

La deuxième innovation concerne le travail que nous sommes en train de faire avec l’Unesco. Elle porte sur la technique philosophique, en lieu et place de la philosophie générale. J’ai appris à cette occasion qu’il y a plusieurs types de philosophies. Et que plutôt que d’apprendre aux élèves la philosophie générale dans nos établissements, il est bon d’expérimenter la technique philosophique qui est une discipline allemande, pour la bonne connaissance de l’outil. Elle pourrait être introduite en janvier 2009. Elle a l’avantage de permettre à chaque étudiant, par exemple celui de la mécanique, d’en connaître la philosophie, c’est-à-dire l’outillage. De quel concept l’inventeur est parti pour arriver au produit final.

Nous comptons ramener également certaines filières qui existaient anciennement, tels les agents de maîtrise, les ingénieurs, etc. Avec la privatisation de l’Eeci et la fermeture de l’Esie de Bingerville, on n’en formait plus. On a été confronté à cette même situation avec la fermeture de l’Ecole de Côte d’Ivoire Telecom au Km 4. Nous n’avons plus de techniciens dans les télécoms. Comme je vous le disais tantôt, toutes ces disciplines doivent revenir, afin de nous permettre de répondre à des besoins de marché.

Disposez-vous d’autant d’établissements pour former toutes ces personnes?

Là encore, je vous rassure. Nous avons 59 établissements, dont des lycées techniques, des centres de formation professionnelle. Ils ne sont pas tous pleins. Il nous faut donc les combler. Ne vous inquiétez pas, il y a de la place pour tous les étudiants qui vont venir. L’enseignement technique n’a pas bénéficié d’images fortes. L’opinion publique a toujours pensé que ce sont les cancres qu’on y envoie. Moi qui vous parle je suis passé  dans l’enseignement technique, mais je ne suis pas plus cancre que les autres. Nous voulons changer cette perception des choses. Et pour le réussir, nous comptons communiquer. Le salon est une bonne tribune pour nous permettre de faire partager notre vision et surtout notre bonne connaissance de ce milieu-là, aux parents, élèves, étudiants et bien sûr à nos partenaires du secteur privé.

Combien d’élèves fréquentent-ils les établissements privés?

30.000 personnes

Une chose est de former les jeunes une autre est de leur donner des moyens pour s’installer à leur compte. Que prévoyez-vous pour le financement de leurs activités?

Le Président de la République a donné des instructions très fermes au ministre de la Jeunesse qui dispose d’un fonds. En son temps, il avait créé le Fonds national de solidarité. Il s’agit d’une structure de la plateforme des services, qui dispose de moyens. A mon sens,  l’utilisation qui en a été faite depuis, est un peu timide. Pour plus d’explications, je vous donne rendez-vous dans six mois. Cette question sera abordée. En effet, si l’on forme quelqu’un, en lui donnant un métier, s’il ne peut être employé par la fonction publique, ou le secteur privé et que nous le laissons tel,  c’est comme si rien n’avait été fait. Nous nous engageons à lui donner un kit. C’est-à-dire un minimum d’outillage pour s’installer et se prendre en charge. Le débat va se faire avec tous les partenaires concernés. Le représentant spécial du Secrétaire général  des Nations unies Y J Choi, a déjà fait des pas, en lançant récemment les 1000 projets dans les zones CNO. Des moyens financiers ont été donnés. C’est  également une réponse au problème que vous venez de soulever. 

J’invite tous nos amis jeunes, frères et sœurs partenaires du secteur  privé, les bailleurs de fonds, les bailleurs de compétences, ainsi que toute la population à venir à ce premier salon. Il s’agit d’une grande première et il faut qu’ils viennent s’informer. Ce salon concerne également les moins jeunes et tous ceux qui sont en quête d’emplois. Qui pourraient ainsi avoir des solutions à leurs problèmes. Nous mettrons tout en œuvre pour le réussir.

Interview réalisée par
Marcelline Gneproust

 

 

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