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ASSALE TIEMOKO ANTOINE/ PRESIDENT DE L’ASSOCIATION MVPC -
Excellence monsieur le président,
Je me permets encore aujourd’hui, de venir très respectueusement, m’adresser à vous, pour cette fois, vous soumettre une préoccupation qui me semble extrêmement importante et à laquelle je souhaiterais que vous accordiez une particulière attention.
En effet monsieur le président, le 16 août 2007, je vous avais adressé une missive dans laquelle je dénonçais à votre excellence, le scandale de la corruption dans les concours administratifs et notamment, celui de l’ ENA.
Le 17 octobre dernier, lors votre interview télévisée, vous avez donné votre point de vue sur ce problème que je considère comme l’un des plus graves de notre société et le moins que je puisse dire, c’est que vos réponses m’ont plongé dans une grande perplexité et d’ailleurs, il y a beaucoup d’ivoiriens qui ont ressenti la même chose. Je pense honnêtement que l’angle sous lequel vous avez abordé ce problème n’était pas forcément le meilleur et cela prouve si besoin en était, qu’après tout vous n’êtes qu’un homme et qu’à ce titre, vous pouvez , vous aussi, commettre des erreurs. Cela est plutôt rassurant.
Cependant, je reste très optimiste quant à une solution satisfaisante à ce problème, puisque plus loin, vous vous êtes comparé à un moteur diesel qui démarre difficilement, mais qui devient inarrêtable lorsqu’il est chaud. Il y a donc de bons espoirs et je travaille en ce moment pour vous proposer des solutions concrètes afin d’endiguer ou freiner le mal, car il s’agit bien d’un mal parce que les concours administratifs ont été institués dans ce pays sur la base de deux principes fondamentaux : garantir l’égalité d’accès de tous les enfants de ce pays aux emplois publics et permettre le recrutement de cadres compétents dans l’administration. Or, dès l’instant où un seul individu peut réussir un concours administratif, seulement en usant de ses relations ou en payant de l’argent, ces deux principes disparaissent et c’est la constitution de notre pays dont vous êtes le garant, qui est ainsi violée.
C’est pour cette raison monsieur le président, que je pense qu’il serait intéressant, que vous fassiez un petit effort pour que autour de vous, des gens ne nous disent pas, chaque fois que nous dénonçons un scandale, que ce sont des choses qui existaient pendant que les autres étaient au pouvoir et qu’elles ne datent pas d’aujourd’hui. Cela est vrai, mais c’est justement parce que ces choses existaient avant, que nous n’étions pas contents et que nous vous avons fait confiance, pour que vous y mettiez fin et non pour qu’on nous les rappelle. Il faut que les gens comprennent que c’est en cela aussi que consiste la mission que les ivoiriens vous ont confiée. Mettre fin aux mauvaises choses et non les répéter ou les rappeler à notre souvenir.
Ceci dit monsieur le président, je voudrais revenir au sujet principal de ma lettre d’aujourd’hui et ce sujet, vous l’avez sans doute deviné, c’est la carte de séjour.
En effet, des rumeurs, je dis bien des rumeurs, couraient depuis un certain moment, sur l’imminence de la suppression de cette carte et comme tout bon ivoirien (ce qui est un défaut), j’avais classé cette information, sans suite dans le placard de l’insouciance et de la naïveté. Mais, quelle ne fut ma surprise, quand je vous ai entendu annoncer devant les communautés burkinabés que vous receviez le dimanche 28 octobre dernier, la prochaine suppression de la carte de séjour.
Excellence monsieur le président, avant d’aller plus loin, je souhaite faire la précision suivante pour lever tout équivoque sur mes propos. Je ne suis pas un xénophobe et je n’ai absolument rien contre les étrangers. Mais, je tiens à dire que la côte d’ivoire est un pays souverain et que comme tel, elle a le droit de faire de la discrimination et de traiter ses nationaux et ses étrangers de façon différente. C’est ce qui se fait dans tous les pays sérieux qui se donnent le nom de République. La côte d’ivoire n’a donc pas eu tort de créer une carte de séjour et elle n’aura jamais tort de continuer à prendre ce genre de mesures dans le futur. La côte d’ivoire est notre pays et c’est nous qui décidons si les autres doivent le respecter ou en faire un fourre-tout.
Cette précision faite, je voudrais dire monsieur le président, que la suppression de la carte de séjour, annoncée par vos soins, ne m’aurait pas inquiété, si vous n’aviez pas donné les raisons pour lesquelles vous pensez qu’il faille la supprimer. Vous avez dit et je cite : « La carte de séjour induit des tracasseries policières et administratives. Ça ne met pas de l’argent dans les caisses de l’Etat. Ça induit qu’on fabrique surtout de fausses pièces d’identité. Il faut mettre fin à ça. Je vais me battre pour que très bientôt, la carte de séjour soit purement et simplement supprimée ».
D’abord monsieur le président, je ne suis pas sûr que les ivoiriens seront très heureux de vous voir vous battre contre leur pays, pour supprimer la carte de séjour. En revanche, ils seront et j’en suis persuadé, très fiers de vous voir vous battre fièrement, pour que ceux qui devraient acheter la carte de séjour, se conforment strictement au respect de cette loi. Si la carte de séjour est une mauvaise chose, c’est une loi de notre pays qui l’a créé et notre devoir est de faire en sorte que ceux qui vivent dans notre pays respectent cette loi et non de nous demander si cette loi fait plaisir ou pas à des gens.
Ensuite, et là je reviens aux raisons que vous avez évoquées, si la carte de séjour ne met pas de l’argent dans les caisses de l’Etat, ce n’est pas la faute de la carte. C’est la faute de l’Etat. Cela démontre tout simplement que l’Etat de côte d’ivoire est défaillant et qu’il n’est pas capable de faire appliquer sur le terrain, ses propres lois.
Si la carte de séjour induit comme vous le dites, que les gens fabriquent de fausses pièces d’identité, cela appelle une interrogation très importante : pourquoi, les gens pour lesquels la carte de séjour a été instituée, préfèrent se faire fabriquer de fausses pièces d’identité ivoiriennes, au lieu d’acheter la carte de séjour ? Tout simplement parce que la côte d’ivoire est le seul pays au monde où les étrangers refusent qu’on les appelle étrangers. La côte d’ivoire est le seul pays au monde où, dès que quelqu’un arrive, il se considère tout de suite, non plus comme un étranger, mais plutôt comme un ivoirien ; parce que dans l’esprit des gens, ce pays n’appartient à personne. C’est un no man’s land.
Si certains étrangers et principalement nos frères de la sous région se comportent de cette manière, c’est parce qu’ils ont réalisé que la côte d’ivoire est le seul pays au monde qui joue ou qui tergiverse avec les questions explosives de l’immigration. Au-delà, cette attitude pose le problème de la capacité de l’Etat de côte d’ivoire à imposer le respect de ses lois à tous ceux qui vivent sur son sol.
Si la carte de séjour induit des tracasseries policières, il faut remarquer d’abord qu’il n’y a pas que les étrangers qui subissent ces tracasseries. Tous les ivoiriens subissent les mêmes tracasseries à cause de leurs papiers. Ensuite, ces tracasseries démontrent l’incapacité de l’Etat de côte d’ivoire à faire face à l’un des fléaux les plus néfastes pour son économie et son développement, c’est-à-dire, le racket en général et celui des forces de l’ordre en particulier.
D’ailleurs, sur ce point précis, il n’y a pas que la carte de séjour qui induit des tracasseries.Il y a aussi la facture normalisée qui est une imposition de la loi, mais que les douaniers qui sont sur nos routes réclament systématiquement à tous ceux qui achètent ou vendent une petite marchandise fabriquée en côte d’ivoire, même les produits vivriers. Va-t-on pour autant supprimer la facture normalisée ?
En définitive monsieur le président, la carte de séjour ne pose aucun problème. C’est plutôt la capacité de l’Etat de côte d’ivoire à faire respecter ses lois à ceux qui vivent sur son sol qui pose problème. Les raisons que vous avancez pour justifier la suppression de ladite carte démontrent tout simplement qu’il y a des gens qui ne sont pas ivoiriens et qui refusent de respecter les lois de notre pays. La direction générale des impôts n’a-t-elle pas récemment, fait expulser de la côte d’ivoire, un opérateur économique libanais qui s’entêtait à s’opposer à l’application de la facture normalisée ? C’est ce genre de décisions que les ivoiriens que nous sommes, attendons de voir notre Etat, représenté et administré par vous, prendre à l’égard de ceux qui, quand ils sont chez eux, respectent leurs lois et quand ils arrivent chez nous, se rebellent contre les nôtres. C’est pour cette raison monsieur le président, que je pense humblement que supprimer la carte de séjour par ordonnance comme on l’annonce, serait une grave erreur, pleine de conséquences dangereuses pour l’avenir de notre pays et pour les générations futures.
La suppression de la carte de séjour est une question à mon avis tellement importante, qu’il est nécessaire de requérir le point de vue de tous les ivoiriens, parce que, en fin de compte, il s’agit de notre pays et c’est nous qui devons décider comment nous voulons vivre avec les autres et nous n’avons là-dessus, aucun compte à rendre à qui que ce soit. Supprimer la carte de séjour par ordonnance, c’est donner mauvaise conscience aux ivoiriens et les affaiblir face aux autres.
La carte de séjour a été instituée en 1990 à l’instigation certes, de monsieur Alassane Ouattara, alors premier ministre de côte d’ivoire, mais il ne faut surtout pas oublier (j’étais en classe de 6ème à cette époque), que cela s’est passé pendant que le président Houphouët Boigny était encore vivant et qu’il était bien lucide. Nous savons tous que le président Houphouët était l’un, sinon le plus grand partisan de l’intégration africaine et qu’il avait fait de notre pays, une terre d’accueil et de partage.
Si en 1990, il a accepté la création de la carte de séjour ( parce qu’elle n’aurait jamais vu le jour, s’il s’y était opposé), ce n’était pas uniquement pour des questions d’argent ( la côte d’ivoire pouvait vivre sans cela), c’est surtout parce que, en vrai génie politique , il avait compris que l’immigration sauvage à laquelle la côte d’ivoire était soumise du fait de ses largesses , allait poser à terme, de graves problèmes de cohabitation et même de survie, entre les ivoiriens et les étrangers qui, déjà considéraient la côte d’ivoire comme un territoire conquis.
La carte de séjour pose donc un problème très sérieux et je ne pense pas que les ivoiriens seraient très malins de l’exploiter à des fins politiciennes comme on le voit depuis quelques jours. Le faire, c’est jouer avec notre pays et l’avenir de nos futurs enfants.
Excellence monsieur le président, la décision de supprimer la carte de séjour, prise unilatéralement par vous, ne saurait en aucun cas, constituer un événement politico médiatique et elle ne coupe l’herbe sous les pieds d’aucun adversaire politique. Elle coupe plutôt l’herbe sous les pieds de la côte d’ivoire et de ses enfants. D’abord parce que les étrangers ne votent pas et ensuite parce que les ivoiriens ont le droit de refuser qui ils veulent sur leur sol.
Le problème qui se pose, ce n’est pas de savoir qui a créé la carte de séjour pour « fatiguer les étrangers » ni qui a supprimé la carte de séjour pour « aider les étrangers ». C’est plutôt de savoir si la côte d’ivoire, en tant que pays souverain, a le droit de créer une carte de séjour pour réguler et contrôler l’immigration sauvage dont elle est victime. La réponse à cette question est oui. Si la carte de séjour ne profite pas à l’Etat, le rôle ou le devoir de l’Etat, c’est de réfléchir pour l’améliorer et non de la supprimer pour faire plaisir.
Quand les pays considérés comme les chantres des droits de l’homme expulsent menottés et enchaînés, nos frères, ils ne cherchent pas à savoir si cela leur fait plaisir ou s’ils ont un point de vue à exprimer. Nul n’a le droit de jouer avec les lois d’un Etat.
Excellence monsieur le président, la suppression de la carte de séjour, si jamais et en dépit de tout, elle devrait intervenir, doit être précédée d’un vrai débat au parlement pour que tous les ivoiriens comprennent les vraies motivations de cette décision et les éventuelles mesures d’accompagnement que vous comptez prendre pour protéger notre pays contre (osons le mot), l’invasion. Car, si comme on l’annonce, vous supprimez la carte de séjour par ordonnance en ignorant le parlement pour la défense duquel des ivoiriens ont offert leur vie et que d’autres ont été sanctionnés par l’ONU, j’en déduirai en tant que jeune ivoirien et fier de l’être, que votre décision procède en réalité, de l’application de l’une des clauses non écrites de « l’évangile selon Ouaga » c’est -dire l’accord de Ouagadougou.
Je me souviens que vous avez dit un jour à propos de cet accord, qu’ « une négociation est un rendez-vous du donner et du recevoir ».
Je me souviens aussi qu’à Lomé au Togo, nos frères qui ont pris les armes et qui les tiennent toujours en dépit de tout, avaient déclaré qu’ils étaient venus pour abattre la xénophobie, matérialisée selon eux par la carte de séjour et l’ivoirité. Renseignez vous auprès de monsieur Laurent Dona Fologo, lui qui, surpris par cette revendication, avait demandé quel était l’animal qu’on appelait xénophobie ? La suppression de la carte de séjour procède donc à mon avis, de l’application de l’une des clauses non écrites de « l’évangile selon Ouaga », et la réclamation d’un nouveau gouvernement faite par les forces nouvelles, n’est qu’une volonté manifeste de détourner l’attention des ivoiriens sur le piège dans lequel l’on est en train de les conduire.
Pour finir monsieur le président, je considère votre décision de vous battre contre nos lois pour supprimer la carte de séjour, comme une erreur, parce que tôt ou tard, la côte d’ivoire devra aborder la question de l’immigration avec courage et responsabilité et décider de ce qui est bien pour elle et pour ses enfants, sans avoir à donner des explications à qui que ce soit. Depuis l’annonce de votre décision, on sent déjà un grand frémissement dans la sous région. Tous ceux qui jusque là, hésitaient à venir en côte d’ivoire, jubilent et sont en train de faire leurs valises. Le jour où nos enfants seront étouffés dans leur propre pays à cause de cette immigration sauvage, le responsable de cette situation ne sera pas celui qui a créé la carte de séjour, mais plutôt, celui qui l’a supprimée. C’est ce que l’histoire retiendra et vous vous souviendrez qu’un jeune homme vous avait prévenu.
Les ivoiriens ont le droit de refuser d’accueillir toute la misère de l’Afrique sur leur sol. Ils ont le droit de refuser que leur pays serve de laboratoire d’expérimentation de la mondialisation démographique. Nul ne peut prêter son pays à son voisin.
En espérant que ma lettre retiendra votre attention, je vous prie excellence monsieur le président, d’agréer, l’expression de mon profond respect.
ASSALE TIEMOKO ANTOINE
PRESIDENT DE L’ASSOCIATION MVPC
31 BP 533 Abidjan 31
www.e-monsite.com/prisedeconscience
http : //antoine-desovy.over-blog.com
antoineassale02@yahoo.fr
mvbv1975@yahoo.fr
TELL : 225 08 42 39 33
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Commentaires (2 Poster)
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Posted by RUTH DEBORAH,félicitation je heureuse de savoir qu'il exite des ivoiriens courageux. Je prie que l'Esprit du Dieu Tout Puissant touche le coeur du Président afin qu'il comprenne le bien fondé de ce que vous avez dit dans cette lettre. L'Eternel lui-même vous garde et vous fortifie


